URGENT CNEC: TENEUR DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE DE CE JOUR MERCREDI 29 MAI 2019 A 10H

DÉCLARATION DE LA CNEC RELATIVE À LA CRISE DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE

Trois (03) thématiques majeures ont motivé les mouvements de contestation dans le secteur de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, depuis décembre 2018 :

1-les conditions de vie qui se dégradent ;

2-les conditions de travail qui ne sont plus adaptées aux types d’enseignement nouveau ;

3-la gouvernance des autorités académiques de plus en plus autocratique et discriminatoire.

 

I-CONDITIONS DE VIE

Ce chapitre regroupe essentiellement les revendications suivantes :

La revalorisation des salaires (la dernière revalorisation des salaires remonte à 2009) ;

la revalorisation des primes de recherche (l’ajustement avec les collègues d’autres pays du REESAO pas encore atteint)

l’application de nouveaux taux horaires (le document à acter est en attente).

Lors du séminaire de Grand-Bassam de 2014, les autorités politiques, les enseignants-chercheurs et chercheurs et experts ont tous reconnu la nécessité de revaloriser les salaires pour tenir compte des mutations socioéconomiques intervenues depuis 2009.

Une autre raison, c’est que les structures universitaires pratiquent désormais le système d’enseignement de type LMD (Licence – Master – Doctorat) dans le cadre du REESAO (Réseau pour l’Excellence de l’Enseignement Supérieur en Afrique de l’Ouest) qui, dans son application, exige une revalorisation salariale. Mieux, cette exigence salariale admet la reconnaissance du Doctorat et donc, par conséquent, la mise en place d’une grille salariale particulière.

La mise en ligne des cours exige une dotation en matériel informatique pour chaque enseignant ; ce qui engendre des dépenses supplémentaires en équipements informatiques et en documentation.

Les enseignants-chercheurs, dans le but de se perfectionner, doivent participer aux colloques, symposiums, rencontres scientifiques à travers le monde pour se mettre en relation avec les autres intellectuels. Cela requiert des moyens de déplacements, d’hébergement, etc. non pris en charge par l’Etat comme c’est le cas dans les autres pays du REESAO.

Les taux horaires datent des Décrets de 1976/1977. Le changement a eu lieu théoriquement le 14 mars 2019 au séminaire de Bingerville organisé par le ministère de tutelle. Depuis cette date, le monde universitaire attend que les résolutions adoptées par les différentes commissions soient actées par l’Etat à travers un décret ou arrêté ministériel. Certaines conclusions dudit séminaire préjudiciables aux enseignants et à l’avantage des l’autorités sont déjà en application.

 

II-CONDITIONS DE TRAVAIL

La maquette pédagogique est un ensemble de curricula mis en œuvre par les conseils scientifiques et pédagogiques des différentes filières des unités de formation et de recherche (UFR).

Dans le cadre du REESAO, une harmonisation des maquettes s’est avérée nécessaire. Pour mettre un frein aux disparités, une maquette pédagogique consensuelle a été mise aux normes du LMD en 2011. Son élaboration et son adoption ont été discutées en 2014 avec les experts nationaux et internationaux. Un quota horaire minimum a été fixé à 30 heures.

Contre toute attente, depuis 2016, la situation a brusquement changé. Ainsi, les quotas adoptés par consensus scientifique ont été dégraissés jusqu’à 08h voire 06h, et cela de façon unilatérale. De nouveaux taux et de nouvelles charges horaires totalement en deçà des normes exigibles par le LMD sont en application aujourd’hui. Des matières comme l’informatique, le droit et l’anglais ont été purement et simplement rayées des maquettes au niveau L1, L2 et M1. Ces enseignements impératifs de nos jours ne se font plus qu’en Licence 3 et en Master 2 dans les cours de connaissances générales. Nous constatons avec le schéma actuel, la désarticulation et des incohérences notoires de la maquette pédagogique. Les Etudiants deviennent moins compétitifs sur le plan national et l’international.

Finalement, c’est la volonté de réduire les volumes horaires complémentaires (HC) par enseignant engendré par la massification des effectifs d’étudiants orientés chaque année dans les structures universitaires qui a motivé le parti pris des autorités académiques au détriment de la formation. Comme conséquences, les étudiants sont formés au rabais et donc de moins en moins compétitifs.

Par ailleurs, la réhabilitation des universités n’a pas pris en compte le Wifi, les bibliothèques physique et virtuelle, les salles de cours, les amphis, les bureaux, l’éclairage, la climatisation, les toilettes, la sécurité, dans toutes les universités publiques de Côte d’Ivoire. Beaucoup d’espoirs avaient été fondés sur la visite du Vice-président Daniel KABLAN Duncan par rapport aux bibliothèques physique et virtuelle en 2014 ; malheureusement, le constat est plus qu’amer.

 

III-GOUVERNANCE

On note, dans un premier temps, une mauvaise application des textes existants. Il s’agit de l’application parcellaire des textes selon les intérêts des autorités universitaires. Ces textes vieux de 43 ans ne répondent plus aux aspirations scientifiques et académiques des structures universitaires, et aux exigences du LMD. En effet, ils ne sont plus conformes et adaptés aux normes internationales.

En deuxième lieu, plusieurs documents sont en usage notamment à l’UFHB. En effet, en plus du décret de 1976, il y a le bréviaire. La pratique, c’est que les enseignants ne sont informés du mode de fonctionnement et du mode de calcul des HC (Heures Complémentaires), qu’une fois l’année achevée. Les sorties pédagogiques à l’Institut de Géographie Tropical (IGT) et en Sciences de la Terre et des Ressources Minière (STRM), fonctionnent de façons différentes : (Perdiems pour les uns et maquette pour les autres) et leur paiement sous-évalué à cause du nombre pléthorique des étudiants dont les listes ne sont disponibles qu’en fin d’année universitaire.

Troisièmement, les franchises universitaires et les libertés syndicales (Article 17 de la Constitution ivoirienne) sont régulièrement foulées au pied. Des violences et pressions psychologiques, morales, verbales et mentales sont exercées sur les enseignants en général et les syndicalistes et sympathisants en particulier.

Quatrièmement, des dysfonctionnements administratifs sont devenus des modes de gestion : dictature, sanctions abusives, non signature de dossiers CAMES, non-respect d’engagement, l’emprisonnement, le musèlement, …des enseignants. A cela, s’ajoutent la mise sous scellés de salaires, de primes de recherche et la mise sous contrôle des comptes d’épargne des collègues sanctionnés.

Cinquièmement, une insubordination des autorités universitaires vis-à-vis de la tutelle (Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique) quant aux résolutions à appliquer. C’est le cas de la crise actuelle relative aux sanctions subies par douze (12) Enseignants de l’Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY depuis le 15 février 2019.

Sixièmement, toutes les tentatives de médiation, même avec l’implication gouvernementale nous dit-on, depuis ledit mois, ont reçu une fin de non-recevoir auprès des autorités académiques à UFHB.

Au regard de tout ce qui précède, la CNEC voudrait un retour aux élections des dirigeants des universités. Nous en appelons à la communauté nationale et internationale pour aider à trouver des solutions pour une paix durable dans les Instituts, les Grandes Ecoles, les Centres de Recherche et les Universités de Côte d’Ivoire. Car un pays sans éducation compromet gravement son développement. Certains pays comme le Sénégal et le Mali ont récemment cédé aux revendications sans que le ciel ne leur tombe là-dessus.

Nous restons toujours ouverts aux négociations. Vivement que les Autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières jettent un regard objectif et constructif sur les structures de l’éducation formation en Côte d’Ivoire.

Fait à Abidjan le 29 mai 2019.

Le Secrétaire général de la CNEC

JOHNSON Kouassi Zamina

 

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